mardi 3 décembre 2013

Monologue pour le cours de Roman et Théâtre

Voici un texte écrit pour l'un de mes cours à l'université (parce que j'écris aussi en dehors de Traqueurs Inc.). L'exercice était d'écrire trois monologues de personnages différents. Le premier devait être un homme ou une femme, le second une personne jeune ou vieille, le troisième un enfant. Dans ce cas-ci, c'est relatif, vu que Ljuke peut prendre l'apparence qu'il veut, homme ou femme, et que Jena est une femme âgée physiquement dans la vingtaine, mais qui a en réalité environ 600 ans. Ève, elle, est plus une représentation intemporelle d'une personne qui écrit pour se sortir de la vie de tourments qu'elle vit.



Monologues
Personnages :
Ljuke (prononciation: ly-ou-ké) : un démon un peu chaotique, fou sur les bords
Jena : une assassine blasée
Ève : Adolescente de treize ans, prisonnière dans son monde pour échapper aux moqueries des autres et aux querelles de ses parents

Ljuke se tient au centre de la scène. C’est un homme grand et mince portant des vêtements noirs. Il a les cheveux noirs et des cernes sous les yeux. Il sourit bêtement en observant une partie de la scène qui n’est pas éclairée, à droite.
Ljuke
Tu sais, la vie d’un humain, c’est pas mal comme une pièce de théâtre. Peut-être pas une tragédie grecque où tout le monde meurt, mais quand même. Ils meurent tous un jour ou l’autre, après tout.  Ça peut être assez divertissant, lorsqu’on est spectateur.
Il sourit et s’avance vers ce à quoi il s’adresse. LUMIÈRE sur une rose noire, posée dans un coin de la scène.
Ljuke
Tu as de la chance, toi. Tu pourrais faire pitié, comme les humains. C’est tellement triste à voir. Ils sont tellement faciles à manipuler. Suffit de savoir tirer les ficelles dans le bon sens. Ils sont mignons, avec leur petit cœur qui bat, qui fait que tout circule parfaitement dans leur caboche pleine d’illusions. Ils sont habités par cette illusion qu’un seul individu peut faire une différence dans le bordel qui leur sert de monde. Ils dansent, crachent un texte qu’ils ont appris par cœur. C’est pourquoi je me marre toujours lorsque le décor s’effondre derrière eux.
Il rit et s’accroupit près de la rose noire pour la caresser.
Ljuke
Les humains sont divertissants, tout de même. Avec leurs vices… Ce tour de magie qui les pousse à essayer de faire lever les foules, même quand l’espoir est vain. Et, toi, tu n’es qu’une petite fleure de plastique que je peux maltraiter à ma guise le jour où mon décor me tombe dessus. Un pétale à la fois.
Noir.
Lumière sur la partie gauche de la scène. Jena se tient debout. Ses cheveux noirs sont longs, raides. Elle porte une robe décolletée et des bottes à talons hauts qui claquent quand elle marche. Elle tient un cœur dégoulinant de sang dans sa main.
Jena
(Riant) Quel paumé, celui-là. (Regardant le cœur) Wow, ça amène presque à réflexion, ce machin. Être ou ne pas être? Vivre ou mourir? C’est pas toujours beau, un cœur. Ton propriétaire aussi n’était pas bien beau à voir, quelques minutes plus tôt. Quel insignifiant organe! Un peu trop facile à arrêter à mon goût. Un coup de poignard, une bonne frousse, un peu d’eau dans les poumons, une tête qui roule, des veines ouvertes, quelque chose dans le sang ou dans la bouche… et plus rien.
Elle jette le cœur par-dessus son épaule.
Jena
(Elle soupire) C’est presque rendu monotone de tuer des gens. Bravo, l’humanité. Autant de colonne vertébrale qu'une poupée de chiffon. Ils ont de grands projets d’avenir, ben de l’ambition, mais aucun n’a les couilles de se mettre les pieds dans le vide.
Elle s’assoit sur le bord de la scène, les pieds dans le vide.
Jena
Dans ce temps-là, je leur donne une petite poussée. J’aime ça, rendre service, des fois. J’suis gentille comme ça. On sait jamais, d’un coup que l’un d’eux se fasse pousser des ailes en tombant. Bon, en… (elle s’arrête pour compter sur ses doigts) vingt-et-une victimes, c’est jamais arrivé, mais peut-être que la vingt-deuxième aura de la chance.
On entend un SON de dessin animé utilisé lorsque quelqu’un tombe d’une falaise. Jena se relève et saute en bas de la scène. Le SON continue.
Jena
Il me reste juste à trouver un volontaire.
Le sifflement s’arrête. BRUIT d’impact. Les LUMIÈRES s’éteignent sur la scène au même moment. On entend les cris de dispute d’un homme et d’une femme, dans une langue inventée. Une MUSIQUE agressive (Genre Never Surrender de Combichrist) se fait entendre en bruit de fond. Les cris diminuent.
Ève
Un démon. Un assassin. S’ils étaient là avec moi, pour de vrai… peut-être que ça pourrait s’arrêter.
LUMIÈRE sur la scène. Ève, 13 ans, est assise au centre. Elle a un calepin sur les genoux. Six personnes portant des masques tournent autour d’elle.
Ève
Si j’avais le contrôle sur mon monde, y a tellement de trucs que je pourrais faire. Je pourrais leur arracher la langue. À toute la gang. Ou leur coudre les lèvres ensemble. Ça leur ferait mal, pis ils se la fermeraient.
Les gens masqués mettent leurs mains sur leur bouche.
Ève
Ça leur ferait tellement du bien de passer un peu de temps dans mon monde. J’suis sûre qu’ils s’entendraient bien, avec ce que j’invente. Ils brûleraient tous en enfer. Y seraient bien là. Pis moi, je serais contente toute seule. Tranquille.
L’un des personnages masqués gifle Ève. Elle encaisse le coup et continue à regarder devant elle. Elle pose le calepin à côté d’elle et replie ses genoux contre sa poitrine.
Ève
Sans les autres. Sans leurs moqueries. Sans leur douleur. Sans tout. Un vide. En attendant que ça aille mieux. Si ça finit par aller mieux. J’pense pas que ce soit possible. J’y crois pus. T’sais, au pire, j’pourrais vivre dans mon monde. Y est plein de monstres, mais ils vont déjà plus me respecter qu’eux.
Les personnages masqués à gauche et à droite d’Ève lui donnent un coup de pied dans les côtes. Ève se couche sur le dos.
Ève
(Avec un rire nerveux) Être Ljuke, j’les rendrais fous. Je sais pas comment, mais je les torturerais jusqu’à ce qu’ils se tirent eux-mêmes en bas d’un pont. J’leur mettrais en pleine face à quel point ils sont pathétiques. Être Jena, j’leur botterais le cul. J’les ferais tellement souffrir. J’les ferais mourir. Pis je prendrais mon temps. Pourquoi, ça, c’est juste dans ma tête?
Les six personnes masquées frappent Ève consécutivement. Elle se couvre les yeux avec les mains. Ljuke et Jena entrent sur scène et repoussent les gens masqués, qui s’enfuient en courant. Ève est toujours couchée sur le dos et ne semble pas les remarquer.
Le BRUIT d’un battement de cœur se fait entendre.
Ève
Si c’est moi qui n’a pas rapport, dans tout ça, j’peux faire plaisir à tout le monde. J’ferais ça vite, juste pour les faire chier. Pis je disparaîtrais. Après ça, j’serais tranquille, dans mon petit monde.  
Ève retire ses mains se son visage. Le BRUIT des battements ralentit. Elle s’assoit. Ljuke et Jena lui tendent chacun une main. Ève les prend.
Noir. Le BRUIT s’arrête.

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